[ENGLISH] Ce jour-là, Mme Girard, l’institutrice « filles » de l’école de Saint-Gratien, était en congé maladie (En vérité, elle était enceinte. On ne nous la faisait pas, nous, les grands !) M. Duvoisin, notre cher instituteur, avait eu pour mission d’accueillir, momentanément, dans la classe les 25 fillettes, pour notre plus grand bonheur. Moi, c’était Sophie Mahieu qui était ma préférée, ma promise. D’abord, parce que Sophie était la soeur de Titi Mahieu, mon meilleur copain, un loustic qui avait toujours des idées formidables, comme de mettre des orvets ou des crapauds dans les poches des filles pendant la récréation. Titi et moi étions les plus terribles garnements de l’école, toujours ravi lorsque nous arrivions à faire pleurer la surveillante. Bon. Revenons à Sophie. Ce jour-là, Sophie et moi avions pris la décision de faire école buissonnière. C’était une belle journée de septembre et on s’était retrouvé derrière le stade de Saint-Gratien, là où coulait un ruisseau rempli de petits poissons qu’on appelle « epinoches ». Les pêcher étaient notre passe-temps favori et, à ce petit jeu, la Sophie n’était pas manchote. C’était tellement rigolo de mettre ces petits poissons dans un bocal (vide) de confiture et de les voir se cogner le museau contre la paroi, avec leurs gros yeux effarouchés. L’ennui, c’est qu’ils crevaient vite, ces saloperies ! Las de ce jeu, on s’était allongé dans l’herbe et la Sophie avait remonté sa jupe à carreaux. Elle ne portait pas de petites culottes, la jolie soeur à Titi et m’avait pris la main qu’elle avait adroitement guidée vers sa fente. Dieu ! Quelle jolie fente elle avait, Sophie. Toute lisse et tendue comme une dragée et puis, chaude et humide : un enchantement. Sophie avait fermé les yeux et balbutiait des mots incompréhensibles. Lorsqu’enfin nous avons levé le camp, j’ai porté ma main à mes narines et ce fut un éblouissement. Une odeur de marée montante, effluves enivrantes et inoubliables. Des dizaines d’années se sont écoulées depuis ce moment sublime et encore aujourd’hui, lorsque j’entends le bruit des vagues, je sens l’odeur de la chatte à Sophie et les épinoches à gros yeux me regardent à travers le verre grossissant du bocal de ma mémoire.
» L’origine du monde » Gustave COURBET. 1866. Musée d’ORSAY. Paris Continuer la lecture →